Le Lorax, une jolie fable écologique (Chris Renaud)

Pour conquérir le cœur de la jolie Audrey, Ted va s’échapper de Thneedville, un monde totalement artificiel où toute végétation a définitivement disparu, pour partir en quête d’un arbre naturel… Ted découvre alors la légende du Lorax, une créature bourrue mais craquante, vivant dans la magnifique vallée de Truffala et luttant avec ardeur pour la protection de la nature. Sans le savoir, Ted va changer la vie des habitants de Thneedville…

Le Lorax est un joli film d’animation dont le graphisme chatoyant nous fait nous croire dans une fabrique à bonbons où barbe à papa et sucres d’orge font office de déco. Mais cela ne s’arrête pas là. Le Lorax est aussi une fable écologique et anti-capitaliste, dénonçant les ravages de l’industrialisation, la course au profit et le gaspillage. De quoi faire naître chez nos enfants un brin de sens citoyen…

Ce film d’animation est disponible chez PointCulture

 

 

Another Earth (Mike Cahill), ou l’histoire d’un rachat impossible

Rhoda Williams, 17 ans, rêve d’explorer l’espace. Elle vient d’être acceptée dans une grande école où elle entreprendra des études d’astrophysique et célèbre l’événement lors d’une soirée alcoolisée. En rentrant, la nuit, seule dans sa voiture, la radio annonce la découverte d’une planète semblable à la Terre. Contemplant le ciel, elle est distraite et percute la voiture de John Burroughs, un compositeur au sommet de sa carrière. Celui-ci est plongé dans le coma tandis que sa femme, enceinte, et son jeune fils sont tués sur le coup.

Quelques années plus tard, Rhoda sort de prison. Elle a renoncé à ses études et décide de prendre un petit boulot de nettoyeuse dans lequel elle s’isole. L’homme à qui elle a arraché ses proches est maintenant sorti du coma et sa carrière professionnelle est brisée. Rhoda décide de lui rendre visite pour lui expliquer qu’elle est la personne qui a changé sa vie mais n’y parvient pas. Elle lui propose finalement ses services en tant qu’aide-ménagère. Ils se rapprochent l’un de l’autre et deviennent intimes… Deux individus marginaux ne parvenant plus à vivre… Alors que John la retient de partir sur la Terre 2 grâce au concours qu’elle a remporté, il la chasse violemment lorsqu’elle lui confie enfin le lourd secret qu’elle porte depuis leur rencontre. Rhoda lui propose, puisqu’elle est son bourreau, de se sacrifier pour avoir la rédemption… Elle le pousse à partir à sa place sur cette autre Terre.  John finit par accepter, et s’envole vers un autre destin peut-être…

Cette production indépendante américaine, presque tournée comme un film d’auteur, caméra à la main, nous propulse littéralement dans la peau du personnage féminin. On ressent son isolement forcé, sa solitude face à ce qu’elle a commis. Cette intimité avec le personnage est induite par les plans rapprochés lorsqu’elle exprime des émotions très personnelles comme la peur, la culpabilité, la compassion, l’amour, le doute, … Le film est l’expression d’un véritable drame personnel. On explore sa culpabilisation, son mal-être, son refus de vivre à nouveau, mais aussi ensuite, le bonheur de sa rencontre avec John. L’actrice, Britt Marling, n’est pas belle que physiquement, elle incarne à la perfection son personnage, naïf, simple et pur. On peut saluer le réalisme de son interprétation. Ce film de très bonne qualité pour un petit budget (moins de 200 000 dollars) nous raconte de manière poétique et réaliste à la fois, la quête de Rhoda, celle d’un rachat impossible.

Ce documentaire est disponible chez PointCulture

« Her » (Spike Jonze), entre amour virtuel et isolement réel

Los Angeles, 2025 – Théodore, un informaticien plutôt geek (campé par Joaquin Phoenix) travaille pour un site web comme écrivain public, rédigeant, pour d’autres, des lettres manuscrites de toutes sortes (familiales, amoureuses, professionnelles, …). Sa femme et lui sont séparés depuis un an mais, en pleine dépression, il ne parvient pas à se résoudre à signer les papiers du divorce.

Il fait alors l’acquisition d’un nouveau système d’exploitation ultramoderne censé s’adapter à la personnalité de son utilisateur, au fur et à mesure de leurs discussions.

Théodore lui donne une voix féminine (portée par Scarlett Johansson) et l’appelle Samantha. Celle-ci est dotée d’une intelligence artificielle exceptionnelle, elle est à la fois drôle et sensible et très vite, elle séduit Théodore. Leurs sentiments et désirs grandissent et ils tombent amoureux. Mais entre sentiments virtuels (ou plutôt bien réels) et humour, l’amoureux transit apprend bien vite qu’à l’époque où, grâce aux progrès technologiques, tout devient possible, tout le monde n’est pas prêt à accepter la nouvelle relation dans laquelle il se jette corps et âme, nous bouleversant par l’intensité et la sincérité de ses émotions. On aurait pu s’attendre à une banale critique des nouvelles technologies mais en réalité, le réalisateur nous offre une véritable réflexion sur le rapport entre artificiel et humain. La vie virtuelle est-elle moins importante parce qu’elle arrivée plus tard ? Quelle place a-t-elle face à la « nature » ?

Convaincu que sa relation est bien réelle, Théodore se laisse aller à ses sentiments. Samantha semble elle aussi tomber très amoureuse. Pendant de longues minutes, le spectateur est suspendu aux marques d’affection et dialogues extrêmement touchants par leur sincérité de ce couple hors du commun. L’acteur est très investi dans son rôle, et se montre à nu, sans fausse pudeur. Malheureusement, lorsque Samantha lui apprend qu’elle a 8752 autres amants de par le monde, la vie virtuelle qu’il s’était créée et dans laquelle il s’était enfermé, s’effondre. Sa chute est plus douloureuse encore lorsqu’il apprend que sa bien-aimée doit être « reprogrammée »…

Bien qu’il traite de nouvelles technologies futuristes, ce film n’en est pas moins centré sur l’humain et nous propose une belle réflexion bien d’actualité sur la solitude, les sentiments humains et les enjeux liés aux progrès technologiques.

 

Forget me not, Grand Prix du Festival ImagéSanté (David Sieveking)

Gretel a une septantaine d’années et vit près d’Hambourg avec Malte, son mari. Depuis ce Noël où elle lui a servi de la soupe et oublié les cadeaux… elle souffre de la maladie d’Alzheimer. Dans les années 60, Gretel et son mari étaient très engagés dans le mouvement étudiant. Ils entretenaient une relation libre, s’autorisant des aventures extra-conjugales, dont seul Malte semblait profiter… Malgré cela, ils menaient une vie ordinaire, dans un foyer heureux, avec leurs 3 enfants.

Aujourd’hui, l’un d’entre eux, David, a décidé de réaliser un film-portrait, pour faire durer les souvenirs, avec humour et amour. On y découvre une famille touchante, qui doit apprendre à gérer ses conflits avec plus de tendresse qu’auparavant, se rapprochant ainsi les uns des autres. Avec un angle d’approche intéressant, Forget me not nous fait partager l’histoire d’une famille qui se redécouvre dans l’épreuve. Une histoire dont l’humain est au centre, pas la maladie. La tendresse et l’optimisme sont au rendez-vous et le réalisateur nous offre ainsi une jolie hymne à la vie !

En savoir plus

Explorer les relations familiales avec les enfants : « Les Croods » (film d’animation de Chris Sanders et Kirk De Mico)

trouvé sur le blog de Pic-Sons

Il y a longtemps, très longtemps même vivaient les Croods. Terrés au fond de leur caverne, ils n’en sortaient que pour se procurer de la nourriture. Mais des circonstances exceptionnelles vont forcer la petite famille à entreprendre un long voyage semé d’embuches.

Produit par les studios DreamWorks, « Les Croods » est un film d’animation sur la famille et pour toute la famille. En nous racontant l’histoire de ce clan préhistorique, les créateurs explorent les relations familiales à travers une galerie de personnages loin d’être caricaturaux. Les différents protagonistes révèlent en effet chacun des traits de caractère bien distincts qui englobent un large spectre d’attitudes et de comportements : entre le père très protecteur («  Ne jamais pas avoir peur ») et le jeune Guy aventurier solitaire, de nombreuses nuances coexistent et s’opposent.

Les clins d’œil à l’évolution de l’espèce humaine sont nombreux (découverte du feu, domestication des animaux, …) et souvent prétexte à des gags plutôt réussis. Grâce à ses différents niveaux de lecture, « Les Croods » devraient plaire à un large public qui appréciera au passage le remarquable travail effectué sur l’animation ainsi que sur le graphisme en images de synthèse.

Alternant avec un égal bonheur action, humour et tendresse, « Les Croods » sont assurément l’une des grandes réussites de DreamWorks.

« Gabrielle », la vie amoureuse et le désir d’indépendance d’une personne déficiente mentale (Louise Archambault)

d’après un communiqué d’Enjeu, dans le cadre du Festival international du film de santé

Gabrielle et Martin tombent fous amoureux l’un de l’autre. Mais leur entourage ne leur permet pas de vivre cet amour comme ils l’entendent car Gabrielle et Martin ne sont pas tout à fait comme les autres. Déterminés, ils devront affronter les préjugés pour espérer vivre une histoire d’amour qui n’a rien d’ordinaire…

Avec un sujet comme celui-ci, il est nécessaire de manier la nuance aussi bien que la caméra, sous peine d’ensevelir son film sous une avalanche de bons sentiments sirupeux. C’est ce que parvient à faire avec brio la réalisatrice québécoise, Louise Archambault. Elle ne rosit pas le tableau, n’édulcore pas les difficultés tout en réussissant un film enlevé, drôle et touchant. Tout est finement traité, que ce soient les relations familiales, avec une sœur attentionnée mais partagée entre son dévouement pour sa sœur et ses propres envies de voyage, ou le désir d’indépendance de Gabrielle qui se heurte à son incapacité à se prendre en charge, ou encore la peur que suscite dans leur entourage ce surgissement brut de désir…

Pour en savoir plus, consultez le site des Films Séville.

Corps étranger (Christophe Hermans)

par Yannick Hustache (PointCulture)

Corps étrangerLe combat d’Arnaud en lutte avec son propre corps, devenu une montagne de chair pratiquement immobile, implacable révélateur d’une existence à l’arrêt, bloquée dans une impasse qui se nomme nourriture ! Une reconquête de soi qui transite par une indispensable transformation, tout autant sur le plan physique que symbolique, et le passage d’un corps de souffrance à un corps « projets ».

Spa, fin de l’automne/début de l’hiver, deuxième moitié de la décennie 2000. Arnaud, pas loin des 180 kilos pour une taille très moyenne, achève sa toilette matinale. Vu (de dos) par l’entrebâillement de la porte de la salle de bain, son corps est un véritable « monticule adipeux » qui souffle et geint parfois comme un volcan mal éteint. Le cheveu bouclé lui mange une bonne partie du visage, et le volumineux garçon de pas vingt ans de déambuler dans la maison familiale en « s’occupant » comme il peut (TV, jeu vidéo, un peu de musique et des heures au fond de son lit en « tue l’ennui », par défaut…) entre deux moments où l’irrépressible besoin d’engloutir tout « élément nutritif » à sa portée, le reprend. Sans travail après des études post-secondaires rapidement abandonnées, Arnaud « vivote » au sein du logis familial aux côtés d’un père avec lequel il s’entend mal. Une famille, ou plutôt un évènement traumatique survenu en son sein – le décès de sa mère trois ans plus tôt – marque sans doute l’instant « T », où la trajectoire de vie d’Arnaud a épousé une courbe rentrante, pour se perdre dans les replis toujours plus nombreux et denses d’une masse corporelle refuge bientôt condamnée à l’immobilisme. Et à l’exception de quelques furtives escapades dans les proches alentours en compagnie de son chien, la vie sociale d’Arnaud semble se résumer à un face à face tendu et permanent entre le garçon et son père, à de sporadiques visites chez sa grand-mère, et à une certaine résignation quant à son sort « d’ermite dévorant ».

Mais Arnaud a décidé de se ressaisir et choisit la chirurgie (la pose d’un bypass gastrique visant à une réduction de l’estomac) comme tremplin d’une reprise en main qui va non seulement redonner à ce corps la pleine autonomie de ses fonctions motrices essentielles mais être porteur d’un changement radical plus profond. Car au-delà de l’opération chirurgicale proprement dite (à peine esquissée dans le documentaire), c’est résolument à une (re)conquête de son moi social par le jeune homme, à présent mû par une volonté retrouvée et une énergie nouvelle et décuplée que lui confère une rapide et régulière réduction de masse corporelle, à laquelle on assiste ici. Un réapprentissage de l’existence qui passe à la fois par la double épreuve de la confrontation au regard de l’autre et à une parole qui va glisser tout doucement du registre de la souffrance (mettre le « mal » en mots) vers celui d’un discours agissant. Car entre les motivations de départ énoncées au-devant d’un médecin, d’une voix plaintive au jeune homme qui plaisante et s’essaye à l’autodérision dans une salle de sport après avoir transité par des groupes de prise de parole en public (sur le modèle des AA, mais dont les intervenants sont confrontés à des problèmes de surpoids), passe l’écho d’une transformation graduelle, mais radicale et à sens unique qui s’opère sous nos yeux.

Une « métamorphose » consignée avec pudeur par un réalisateur qui s’attache à demeurer à bonne distance de son sujet, ne cédant en rien à l’esthétisme racoleur des images chics et chocs et à l’idéologie de la performance pour la performance (pas la plus petite trace d’un commentaire à la « Arnaud a décidé de perdre 25 kilos en deux mois ! Y arrivera-t-il ? ») de trop de reportages télévisuels d’aujourd’hui. La démarche de Christophe Hermans épouse davantage celle de l’ombre de son sujet, le serrant pas à pas tout en se faisant oublier. A des lieues d’un reportage sur la « fonte des graisses grâce aux avancées de la chirurgie », c’est à la sortie progressive d’une adolescence difficile vers un âge adulte synonyme de projet de vie (le film s’étale sur une demi-année, d’un début d’hiver sombre à la moiteur d’un été ensoleillé). Le Spadois perd peut-être du poids si rapidement que se vêtir redevient un vrai problème quotidien, mais le réalisateur dépasse rapidement ce constat des plus banal pour présenter un garçon habité d’une assurance retrouvée ; plus franc dans ses conversations avec des interlocuteurs qu’il regarde dans le blanc des yeux ; jovial ; et (légèrement) éméché lors d’une fête locale, et s’interrogeant concrètement sur son devenir professionnel. Deux indices corroborent ce changement : une nouvelle coupe de cheveux (une gentille brosse) qui lui ouvre le visage et une participation à un défilé de mode comme mannequin (pour les ronds). Une autonomie nouvelle qui l’encourage à emménager seul et à peut-être s’engager sur la voie d’une carrière militaire… Et c’est presqu’un autre Arnaud, dont le tour de taille stabilisé au niveau de la moyenne anonyme, qui fait ses adieux à un père au bord des larmes. Mais pas d’effusions lacrymales à attendre, la camera demeurera discrète et secrète jusqu’au bout. Avant de se retirer.

Elle, ce corps étranger …

Ce documentaire est disponible chez PointCulture

Les seins aussi ont commencé petits (Marie Mandy)

par Yannick Hustache (PointCulture)

aussi ont commencé petitsLa puberté, ses bouleversements physiologiques et psychiques profonds, et les questions qu’ils suscitent abordés de façon ludique, le plus souvent par dialogues filles/garçons croisés. Frais !

Ils ont une quinzaine d’années, ne sont plus vraiment des enfants mais pas encore des adultes, et leurs corps, en transformation accélérée leur posent 1001 énigmes, et les confrontent aux flux indomptés du désir (sexuel) naissant. Mais à contrario d’un paquet de documentaires s’arrêtant aux aspects purement dramatiques et/ou pathologiques de cette « crise de l’adolescence» (s’il y a lieu de parler de crise), la réalisatrice belge préfère adopter un dispositif « léger » voire guilleret dans le ton, mais sans éluder aucun des questionnements qui jamais ne reçoivent de réponses standards ou définitives. Des filles qui causent entre-elles ou discutent à bâtons rompus avec les garçons, avec ou sans la présence de profs ou d’éducateurs (mais « of course » devant la caméra). Approche similaire pour les garçons, mais les 30 petites minutes de ce reportage sont découpées (et égayées) de séquences où ces mêmes ados se moquent gentiment d’eux-mêmes (« avec ces boutons, je sui dé-fi-gu-rée ! ») ou poussent la chansonnette avec la même pointe de dérision pas tout à fait innocente. De même, Marie Mandy trouve un subterfuge de départ, simple mais malin, qui fait quelque peu sortir le classique échange de points de vue filles/garçons de ses clichés les plus attendus : les ados reçoivent une représentation scientifique dessinée (schéma de coupe le plus souvent) en grandeur nature du sexe « d’en face », et à ceux-ci de livrer leurs impressions, interrogations et ressenti, ou d’afficher parfois une relative gêne. On n’apprend rien de vraiment neuf si ce n’est que le dépassement des représentations sociales collectives (« les filles sont plus sensibles », « les garçons ne pensent qu’au sexe », ce genre) de l’autre sexe est un « effort symbolique » à ré-entreprendre à chaque génération, et que les garde-fous moraux (religion, regard de l’autre) n’offrent finalement que des sécurités toute relatives à des trajectoires personnelles encore au stade de la page (?) blanche. A l’opposé, le film rappelle qu’un discours à l’écoute, dédramatisant et scientifiquement fondé est encore le meilleur moyen de démonter et dédramatiser quelques clichés qui ont la vie dure dans certaines couches de la société (non le tampon n’est d’aucun danger pour la virginité de celles qui le portent !).

Mais davantage, la réalisatrice capture quelques beaux moments (au hammam, en vacances) où les filles parlent de leur corps et de leurs règles « à découvert » mais pas sans pudeur, tandis que les garçons confient leur embarras face aux imprévus d’une érection quelque peu intempestive ou leur appréhension de la « première fois ».

Ce documentaire est disponible chez PointCulture

De la rencontre à la relation parents – enfants, regard croisé au départ de trois documentaires

 par Christel Depierreux (PointCulture)

L’enfant est un être de relations, de communication avant tout, et c’est dans le nid familial que les liens fondateurs se créent. Est-ce que la naissance de l’enfant signe pour autant la naissance des parents ? Les avis sont partagés. Certaines mères diront que les premiers mouvements du bébé dans leur ventre ont fait naître en elles, le premier émoi maternel. Tandis que d’autres, ont senti l’émotion maternante lors de l’échange du premier « regard ». Pour d’autres encore, un temps après la naissance a été nécessaire pour ressentir les prémisses de cette relation parentale.

Les 3 documentaires belges évoqués dans cet article envisagent un aspect de la relation particulière et complexe qui existe entre le parent et son enfant. D’un instant à l’autre nous emmène au moment où la relation se singularise au premier contact physique juste après la naissance. Avec « Naissance, lettre filmée à ma fille, Mona », c’est la question de la transmission filiale et la question des choix qui précédent la naissance d’un enfant que la réalisatrice explore dans un style très personnel. Tandis que le dernier documentaire : « Les enfants » (de Christophe Hermans) scrute la relation parentale lorsqu’elle s’éclipse du quotidien de l’enfant à cause d’une souffrance qui entraîne une incapacité à assumer son rôle parental. C’est alors un cadre institutionnel et des éducatrices qui prennent le relais, le temps nécessaire pour le(s) parent(s) de se reconstruire.

Dans un cadre d’apprentissage, le premier documentaire pourrait apporter une réflexion au personnel médical en puériculture (infirmières, sages-femmes, kinésithérapeutes, etc.), le deuxième s’attache à rendre compte des histoires familiales qui devancent tout être humain. En tant que témoignage sur l’histoire d’une grossesse d’un second enfant, il devrait intéresser des psychologues et des éducatrices. Tandis que le 3ème film contribue à montrer le fonctionnement et le quotidien d’une pouponnière à de futures éducateurs(trices) ou assistant(e)s sociaux(les) par exemple.

D'un instant à l'autre« De l’eau à l’air. De l’étroitesse à l’espace infini. De l’obscurité à la lumière. De la chaleur au froid. A la rencontre… » Une rencontre, la première, c’est bien d’elle dont il s’agit dans les 7 accouchements « D’un instant à l’autre » (de Jara Malevez). Sept rencontres, de 5 minutes tout au plus à chaque fois, dévoilent subtilement ce moment éminemment intime qui nous ancre dans notre humanité au plus profond de nous-mêmes. Une dimension avant/après se joue. Avec la naissance du bébé naissent de nouveaux parents. Car même si des sœurs ou frères ont déjà dessiné les contours de la famille, ce tout premier moment avec cet enfant–là est unique et universel à la fois. Le procédé cinématographique est reproduit à l’identique : une alternance entre l’écran noir (pour les cris et la dernière poussée avant l’expulsion) et la lumière sans artifice pour chaque naissance qu’elle soit unique ou gémellaire. Les positions et les lieux sont pratiquement semblables, un lit de travail, une baignoire éventuellement, ainsi que des angles de vue rapprochés, respectueux et délicats centrés sur la mère, le père et l’enfant. Pas de scénario, l’ambiance est sereine et le texte à l’improvisation. Justesse de ton, ce qui doit se dire, est dit, sans réfléchir… Joie, embrassades, larmes et émotions bien souvent. L’inquiétude pointe cependant parfois. Pourquoi ne pleure-t-il pas ? Tout va bien ? Oui. Le ton est rassurant. Un très beau leitmotiv au final, tout en douceur sans qu’il soit ressenti comme redondant. Non, décidément chaque naissance ne ressemble à aucune autre !

Peut-on vraiment choisir la manière dont on souhaite accoucher ? Sandrine Dryvers, la réalisatrice de « Naissance, lettre filmée à ma fille, Mona » voulait tellement bien préparer ce premier moment avec son 2ème enfant, avec sa fille, Mona. Ne rien laisser au hasard. Et pourtant c’est lui qui viendra tout bouleverser, changer les plans, mettre de l’imprévu, et ce n’est sans doute qu’un début ! Elle voulait tant vivre cette rencontre chez elle, loin de l’univers médical aseptisé. Le bébé s’annoncera finalement plus tôt, après une alerte cardiaque. Le film devait rendre compte de la naissance à la maison de Mona. Et dans l’agitation, personne n’appuiera sur le bouton du son, les images resteront muettes. Qu’à cela ne tienne, c’est ce qui rendra ce moment unique, la parole de la mère au montage comblera les images silencieuses dont on devine toute l’intensité et qui signent la fin de cette grossesse. Les sentiments qui envahissent une femme enceinte sont complexes et difficilement partageables même (et surtout) pour les membres du personnel médical, a fortiori des médecins. C’est ainsi que la réalisatrice se pose la question de savoir « combien d’enfantements sont-ils mal vécus par les mères alors que médicalement tout va bien ? Les médecins ne parlent pas le même langage, c’est comme si la naissance effaçait l’accouchement. » Ce film nous entraîne aux limites de nos choix. Ici l’impossibilité pour la réalisatrice de vivre naturellement son accouchement à la maison. Mais grâce au médium de la caméra, de l’image, elle peut suivre avec une sage-femme indépendante, un accouchement à la maison, celui de Gaëlle. Une sorte de réparation. C’est également un film sur la transmission filiale. Les cris de l’accouchée ne sont pas seulement les cris d’une femme qui enfante mais les cris de l’humanité, les douleurs anciennes, les peines non dites. Une grossesse, une naissance font ressurgir des pans de l’histoire qui nous précède. Par des images d’archives familiales, la réalisatrice nous montre des liens avec l’histoire de sa propre mère, morte quand elle avait 6 ans.

Les enfantsCe lien si fort entre l’enfant et son parent peut parfois manquer, pour une période, de courte ou de longue durée. Il faut alors de nouveaux bras pour entourer l’enfant, pour le guider. Comme pour « Les enfants » de cette pouponnière, un lieu d’existence, de repères quand la relation parentale pose problème. Quand le nid familial protecteur est déficient, des éducatrices veillent, pallient aux manques, donnent des repères pour aider ces enfants à franchir ce cap difficile de leur jeune existence. Sans cesse, il faut (ré)expliquer, donner du sens, encourager, rassurer car leur base vacille. L’influence de Françoise Dolto est manifeste. Non seulement l’enfant ici, est bel et bien une personne, mais il faut nommer les choses, tout ce qui concerne l’enfant, le bon comme le moins bon, surtout le moins bon. Un important travail est effectué sur chaque séparation : pour les enfants qui partent, ceux qui restent, et pour le personnel encadrant. Le passage au « Cerf volant » sera de courte durée pour certains, le temps pour un des parents ou les deux de remettre de l’ordre dans leur vie. Mais pour d’autres enfants, il leur faudra continuer le chemin dans une autre institution parce qu’ils grandissent et que leurs besoins évoluent. De toute l’importance donc de mettre des mots sur ce qui se passe ou ne se passe plus. Pour mettre du sens sur cette étape de leur vie pour qu’ils intègrent un jour, plus tard, cette séparation et qu’ils parviennent à dépasser la souffrance en faisant preuve de résilience qui est comme le rappelle Boris Cyrulnik : « le contraire du déterminisme fatal. Une première relation peut être un échec, si l’enfant dispose de plusieurs figures d’attachement (grands-parents, instituteurs, institutions), il trouve d’autres tuteurs de développement. Un nouveau rapport au monde émerge alors et s’exprime. »

D’un instant à l’autre est disponible chez Point Culture, ainsi que Les enfants.

Pour + d’infos sur « Naissance, lettre filmée à ma fille Mona », consultez le site de Iota Production.

Le nom des choses (Boris van der Avoort)

par Christel Depierreux (PointCulture)

Le nom des chosesQui a donné le nom du lion au lion ? Pourquoi appelle-t-on le nez, un nez ? Une aubergine, une aubergine ? Comment se met-on à parler ? Que signifie le mot « bougnoule » ? Qu’est-ce que l’intelligence ? Qui croit en Dieu ?

Durant un peu moins d’une heure, on voyage au travers d’extraits choisis d’ateliers philo dans des classes de maternelle et primaire de plusieurs écoles de la région bruxelloise. Très à l’écoute, Martine Nolis, l’animatrice, est à l’affût de la moindre pensée qui s’ébauche. Elle creuse avec finesse et subtilité dans l’esprit de ces jeunes enfants avides de réflexion et presque sans complexe. Un documentaire qui relate concrètement les échanges d’un atelier philo en milieu scolaire et qui ne manquera pas d’intéresser les enseignants en morale ou en français.

D’où viennent les mots, le langage, les différentes langues que l’on parle ? Où sont situés les mots ? « Dans mon cerveau » dira l’un. « Non, dans ma tête », rétorquera un autre. Et cette autre petite fille de 4-5 ans de répondre : « non moi, c’est dans un sac dans le fond de ma gorge ». C’est logique. C’est leur logique et c’est savoureux de bon sens, de reconstruction de la réalité parfois aussi.

Pourquoi ne peut-on pas dire de gros mots ? « Parce que ça peut blesser les autres » « mais ma mamy, elle dit des gros mots. » « Ma maman aussi parfois. » « Les gros mots, c’est quand on casse ou qu’on oublie quelque chose. ». Au moment de citer les gros mots qu’ils connaissent, les langues des enfants se délient dans un bonheur jouissif de pouvoir dire l’interdit en face de l’adulte. Les sourires malicieux animent leurs visages rieurs et canailles.

« Les mômes, ça pense ! » disait Jacques Duez. On se souvient de cet instituteur montois qui pendant 30 ans, lors de son cours de morale hebdomadaire, interviewait ses élèves sur des thèmes comme l’amour, l’argent, la guerre, la justice, etc. Le nom des choses, un documentaire donc, pour nous prouver, s’il fallait encore le faire, que les enfants, si on leur donne la parole et le temps de s’exprimer, parviennent dès la maternelle, à exercer la conceptualisation. A quand un cours de philosophie dans le programme scolaire ? La philosophie a cependant le vent en poupe : festivals, conférences, matinées de discussions familiales. Les magazines et les bouquins ne sont pas en reste non plus : André Comte Sponville et Michel Onfray, pour ne citer que ceux-là, livrent périodiquement leurs textes. Dans le souci de toujours interroger la question du sens, du pourquoi et finalement du comment mieux vivre soi-même.

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